Un homme nous raconte comment prendre le contrôle de ses cheveux a changé sa vie.
C’était en 2009, j’avais 17 ans. J’étais à l’internat, je revisais les épreuves du bac. J’avais pour habitude de passer ma main dans mes cheveux pour faire face au stress. Sauf que cette fois là, ce n’était pas comme d’habitude. Ma tignasse avait laissé tomber des plumes. A partir de ce jour, la perte de mes cheveux est devenue une obsession. Plus j’y portais attention et plus je constatais les dégâts, totalement impuissant.
Dès mon enfance, j’ai pris soin de ma crinière. Ma mère me raconte souvent qu’à la maternelle, je demandais à ce qu’elle me coiffe avec du gel avant de partir à l’école. A l'adolescence, j’ai continué à veiller à mon apparence. Comme beaucoup de garçons, je voulais plaire. Je savais que la chevelure avait un rôle prépondérant dans la séduction. Pour autant, je ne m’étais jamais dit que cela serait un problème. Mais tout a changé ce soir de 2009.
Dès les débuts des symptômes, j’ai voulu prendre les choses en main. Après plusieurs recherches, j’ai pu mettre un nom sur ce fléau : l’alopécie. J’en ai rapidement parlé à mon entourage. Plusieurs personnes ont alloué ça au stress, à la fatigue, à la saison… Je n’y croyais pas. J’ai décidé d’aller voir un dermatologue, il m’a confirmé que je perdais mes cheveux et que ça allait durer. C’était génétique. Mon père n’était pourtant pas concerné mais certains oncles étaient dégarnis. Pas de quoi me rassurer.
Le spécialiste m’a prescrit du Minoxidil, une lotion à appliquer sur les cheveux matin et soir. Il n’était pas censé stopper la chute mais la ralentir, c’était déjà ça. J’ai suivi le traitement avec attention. Mes amis ne comprenaient pas l’utilité. J’entendais souvent “mais arrête tu perds pas tes cheveux”. A l’époque, j’étais le seul à le voir. Mais ça n’a duré qu’un temps.
A mes 20 ans, mes tempes commençaient à se dégager. J’ai adapté ma coiffure en conséquence. Chez le coiffeur, j’expliquais mon problème pour qu’il trouve un moyen de camoufler le vide. Je ramenais mes cheveux vers l’avant. Ca faisait effet. Enfin c’est ce que je croyais. J’ai commencé à entendre des remarques de mes camarades : “Hey tu te dégarnis toi, dans 10 ans t’es chauve”. L’intention n’était pas méchante mais tellement blessante.
C’est à ce moment où j’ai réellement perdu confiance en moi. A chaque fois que je rencontrais quelqu’un, je me demandais s’il avait remarqué mon début de calvitie. Je remettais beaucoup de choses en question. A quoi j’allais ressembler plus tard ? Est-ce le crâne rasé m’irait bien ? Est-ce que je trouverais une femme m’acceptant chauve ? Tout me paraissait plus simple avec des cheveux.
Mes amis, les mêmes qui me taquinaient, tentaient maladroitement de me rassurer : “Moi si je perdais mes cheveux je l’assumerais, tu t’en fous franchement”. C’est faux. Personne n’assume à 20 ans. Personne ne sait ce que c’est tant que ça ne lui ai pas arrivé. Je voyais mon visage changer. Ma tête se transformait lentement vers une apparence que je détestais. Me voir en photo était devenu une souffrance. Ca ne pouvait pas rester comme ça, je devais agir.
J’ai continué mes recherches pour trouver la solution miracle. La finastéride, un traitement oral quotidiennement, revenait régulièrement dans les articles. Ses effets secondaires controversés m’ont refroidi. Une autre méthode était largement citée : les implants capillaires. Des progrès avaient été réalisés, terminé la technique de la bandelette (FUT) et ses grandes cicatrices. Désormais, chaque bulbe est extrait un par un et réimplanté dans la zone à couvrir (FUE). L’idée me plaisait. C’était radical, efficace mais terriblement onéreux. Impossible en tant qu’étudiant de me payer une telle opération. Mais c’était décidé, je le ferai un jour.
J’ai terminé mon école avec cette idée en tête. Cela me permettait d’avancer, je savais qu’il y avait une solution. A quelle échéance ? Aucune idée. Lorsque j’ai commencé à travailler, je surveillais mes dépenses. Une partie de mon salaire était mis de côté pour financer ma future greffe.
Au bout de quelques années, j’avais suffisamment économisé pour envisager l’opération. Je me suis inscrit sur un forum dédié à la perte de cheveux pour obtenir des renseignements. J’ai lu de nombreux témoignages, ça me faisait du bien. Je n’étais pas le seul à ressentir ce mal être qui me rongeait depuis des années. Des hommes racontaient leur greffe de cheveux avec des photos avant/après, les résultats étaient bluffants. Les noms de chirurgiens turques revenaient régulièrement, les retours d’expériences étaient bons, les tarifs imbattables (2000 euros contre 7000 euros en France). Après 3 semaines de lecture assidue, j’ai sauté le pas. Mon opération était prévue pour juillet 2018. J’étais tellement soulagé.
Me voilà à Istanbul. J’avais convaincu un ami de longue date, dégarni lui aussi, de venir. A deux, on se soutenait. On avait perdu nos cheveux au même âge, on ressentait les mêmes choses. Grâce à cette greffe, on savait que l’on s’enlevait un poids. Notre hôtel grouillait de greffés. On les reconnaissait à leur large pansement à l’arrière de la tête. L’excitation se mêlait à la peur. Le lendemain, c’était notre tour.
Le jour de l’opération, le stress était à son sommet. Après une brève rencontre avec le chirurgien pour tracer notre nouvelle ligne frontale, tout s’enchaina très vite. Prise de sang, crâne rasé, anesthésie, l’opération pouvait commencer. L’extraction des bulbes fut très inconfortable, j’étais sur le ventre dans des postures improbables, je voyais le sang coulé par terre. Au milieu de l’opération, on me mis sur le dos et me banda les yeux. La greffe pouvait commencer. Après 5h, on me tapota sur l’épaule : “it’s over”. Enfin. Ce fut long ! Mais indolore. Finalement, l’étape la plus sensible fut l’anesthésie locale.
Les semaines post-greffe furent contraignantes : dormir uniquement sur le dos, des croûtes sur le crâne, pas d’exposition au soleil, pas de sport, pas d’alcool. Mais peu importe, j’allais retrouver mes cheveux !
Les premières repousses ont eu lieu au bout de 2 mois. Honnêtement, c’était moche. Quelques cheveux tout fin faisaient leur apparition au milieu de mes tempes. Au 4ème mois, c’était très encourageant ! C’était loin d’être parfait mais la densité était plus importante. Chaque semaine, le résultat s'améliorait. Je revivais l’effet inverse des débuts de mon alopécie. C’est au 6ème mois que le résultat fut probant. Je suis retourné chez le coiffeur. Auparavant c'était une épreuve, ça devenait une partie de plaisir . Quel bonheur de pouvoir faire la coupe que l’on veut. Sans contrainte. En sortant, j’étais ressuscité.
Un an après l'opération, le résultat était définitif. J’étais pleinement satisfait. Mon entourage était bluffé. Ma compagne, qui m’acceptait même sans mes cheveux, m’a glissé : “c’est vrai que tu es mieux, ça te redessine le visage”
Aujourd’hui, j’ai repris confiance en moi. Le regard des autres sur mon physique ne m’importe plus. Je n’ai plus besoin d’être rassuré. Mes cheveux ont arrêté d’être une obsession. Chaque matin, je prends un plaisir infini à me coiffer. Je n’ai plus peur du vent, je n’ai plus peur de la pluie. Je n’ai plus peur de mon image. Mon alopécie n’est pas terminée, je continue mon traitement quotidien au Minoxidil. Je sais que je devrais faire une nouvelle greffe dans quelques années pour garnir le reste de mon crâne. Mais peu importe, j’ai suffisamment de cheveux pour être heureux de longues années.