Noël en pleine pandémie : 3 hommes nous racontent comment ils comptent passer les fêtes
Photos NBC / Friends
Texte Anthony Vincent
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Sereins ou anxieux ? 3 mecs nous racontent comment ils comptent passer Noël dans le contexte de cette année si particulière.
Claude, 53 ans, responsable logistique dans le BTP
Je suis divorcé et père d’un garçon de 15 ans et d’une fille de 20 ans. Je travaille en région parisienne, mais je viens du Sud de la France, où l’on descendra en voiture avec les enfants et ma compagne pour fêter Noël chez mes parents qui la rencontreront pour la première fois. On est restés enfermés si longtemps que j’attends ces fêtes avec impatience, elles auront forcément une saveur particulière. Mes parents ont plus de 80 ans alors on fait très attention et on va refaire des tests juste avant. Être prudent, c’est le meilleur moyen de rester serein.
Du coup, mes principales inquiétudes, c’est les risques de bouchons sur la route et que les cadeaux n’arrivent pas à temps. Je fais partie d’une génération habituée à se déplacer pour acheter, mais là je vais tout commander sur internet. Auprès de commerçants français, attention (rires) ! Ça m’évitera la cohue des boutiques physiques.
Une fois chez mes parents à Marseille, on fera la crèche tous ensemble : avec le moulin qui représente la Provence traditionnelle, le santon, le marchand de poisson. Autre détail provençal que j’adore, c’est la tradition des treize desserts, dont le nougat d’Allauch que j’adore. La pompe à huile, c’est moins goûtu, mais ça passe très bien avec le café (rires). En cette année particulière, je veux m’investir plus que d’habitude, du coup ce sera la première fois que je m’essaierai à cuisiner le pâté de lapin familial dont la recette remonte à mon arrière-grand-père. Les traditions de Noël, ce sera sans doute l’une des rares choses qui se passera comme prévue en 2020, donc je me réjouis d’avance !”
Mathis, 21 ans, étudiant
“Je suis en alternance, entre mon école de mode à Paris le mardi et mercredi, et mon apprentissage dans le textile en Ardèche, d’où vient ma famille, du jeudi au lundi. Comme je fais la navette chaque semaine, je prête d’autant plus attention aux gestes barrières pour ne pas contaminer mes proches aux repas de Noël. On sera six, dont ma grand-mère, très fragile.
En plus de la Covid-19, j’appréhende aussi ces retrouvailles car je suis gay mais pas encore out auprès de mes proches, du coup je redoute de devoir encore jouer le rôle du fils idéal. J’adore prendre soin de moi, me parfumer, porter des bijoux, m’habiller de façon flamboyante, mais là je vais devoir mettre une part de mon identité en sourdine pour convenir à l’idée de la virilité à laquelle tiennent tant mon père et mon frère, notamment.
Beaucoup de personnes LGBT+ redoutent parfois les fêtes familiales car ces retrouvailles peuvent être source d’anxiété si elles sont encore dans le placard ou si elles sont peu acceptées par leurs proches. Néanmoins, j’ai quand même hâte de retrouver mon adorable grand-mère, qui apprécie toujours comment je m’apprête, et dont la purée est imbattable !
Noël, c’est aussi une occasion supplémentaire de gâter mes amis. Je le fais le reste de l’année aussi, mais comme c’est une fête connotée très famille, ça revêt une dimension particulière : une façon pour moi de dire à mes amis qu’ils forment ma famille choisie !
Paul, 34 ans, en arrêt maladie
“Je suis journaliste mais en arrêt maladie depuis mars pour dépression et anxiété. Mes derniers articles étaient notamment sur les soignants eux-mêmes atteints de la Covid-19, dont une partie en mourrait même. J’étais mentalement déjà fragilisé, alors ça n’a pas aidé. Au bout de quelques semaines de confinement complètement seul, je suis retourné vivre chez mes parents en banlieue de Strasbourg. Sauf qu’ils sont tous les deux des personnes très à risque, donc on a fait très attention pendant le premier et ce deuxième confinement.
Habituellement, j’adore Noël, surtout dans cette région. Mais les mesures sanitaires font qu’on ne pourra pas se réunir comme avant avec ma soeur, mon frère, et la famille de mon cousin allemand que j’adore. Traditionnellement, c’est si jovial, on décore, fait des bredele (biscuits secs alsaciens), réfléchit tous ensemble aux menus à l’avance. Là, il y a tellement d’incertitudes, d’informations contradictoires et anxiogènes, qu’il devient impossible de se projeter, surtout pour quelqu’un d’anxieux. Normalement, Noël, c’est ma lumière préférée au bout du tunnel de l’année. Maintenant, la seule chose qui apportera de la lumière à mes yeux, c’est la vaccination.
Pour tenir bon, mes parents et moi avons mis en place de nouveaux rituels. Je leur présente des séries, et tous les soirs on regarde un épisode ensemble. On va quand même acheter un sapin car c’est le genre de repère qui fera du bien. Les traditions ont le pouvoir de rassurer. Cette année, la seule magie dont on aura besoin, c’est celle de la santé.”